02Violence

Nous ne proférerons pas de menaces de violence ni n’acceptons les intimidations violentes.

Où posons-nous les limites?

L’Article 20 du Pacte International sur les Droits Civils et Politiques stipule que les états doivent empêcher “Tout encouragement national, racial ou religieux qui ferait preuve de discrimination, d’hostilité ou de violence.”

Comme tout ce qui touche à la liberté d’expression, beaucoup dépend du contexte et du ton. Le penseur libéral anglais John Stuart Mill affirmait que nous devrions être libre de publier un article de journal disant que les vendeurs de maïs affament les pauvres, mais pas libres de délivrer le même message à une foule en proie à l’excitation devant  la maison d’un vendeur de maïs (de nos jours nous pourrions parler de banquiers d’affaires). Quand les lecteurs du journal britannique ‘The Guardian’ voient en haut de la première page “Charlie Brooker: Exécutez Simon Cowell et donnez des croissants”, ils ne lisent pas cela comme un appel au meurtre; ils savent que c’est une boutade. Tandis que quand le dictateur libyen Muammar Gaddafi menace d’aller fouiller la ville de Benghazi “allée par allée” et “sans aucune pitié”, tout le monde sait que ce n’en est pas une.

Une version extrême de discours exhortant la violence est celui de la Radio Télévision Libre des Mille Collines au Rwanda, qui encouragea des gangs meurtriers de Hutus à massacrer 800,000 Tutsis (et Hutus modérés) en appelant de façon répétée sur les ondes à une “guerre finale” pour exterminer les “vermines”.  Même si l’on pense au premier amendement de la tradition américaine, que nous devrions par principe être libre de décrire d’autres groupes de gens comme des “vermines” (P4), vous conviendrez que dans le cas considéré, ceci aurait du être stoppé. La violence était intentionnelle, probable et imminente.

Le contexte a aussi de l’importance: possédez-vous ces médias ouverts et variés dont nous parlons dans le troisième principe? Des discours enflammés et inspirant la haine peuvent alors être contredits par de meilleurs discours dans d’autres médias influents. Afin d’expliquer la brutalité serbe sous le pouvoir du dictateur élu Slobodan Milosevic, un observateur commente: “imaginez si toutes les principales chaines de télévisions aux Etats-unis avaient été prises au cours des cinq dernières années par le Klu Klux Klan.” Susan Benesch est en train de développer un test en cinq parties afin de déterminer quand des discours de haine deviennent des “discours dangereux,” impliquant que les paroles proférées mèneront probablement à de la violence [en attente du lien de Susan Benesch].

De facto, nous parlons ici principalement de violences commises par des individus et des groupes – et non pas des états. Même si l’Article 20 du Pacte exprime clairement que “toute propagande en faveur de la guerre sera interdite par la loi,” très peu de pays possèdent des lois qui empêchent leurs propres leaders de soutenir l’idée d’aller en guerre (même si certains ont des règles fixant la manière dont ceci doit être fait).

Contre le “veto meurtrier”

Tout comme d’autres principes, celui-ci n’a pas fonction à définir précisément ce que la loi devrait autoriser ou interdire. C’est un principe que nous nous donnons à nous-mêmes pour guider notre conduite. Il se divise en deux parties: 1. Nous ne proférons pas de menaces de violence. 2. Nous n’autorisons ni n’acceptons ou ne cédons à des intimidations par la violence. Ces deux aspects constituent les deux pendants de la même médaille. Si vous cédez à une menace par la violence, vous en encouragez une autre. Le groupe B, qui pense résolument que Y ne devrait pas être dit ou décrit, se dira “Ah, le groupe A arrêta X en le ou la menaçant d’utiliser la violence – nous devrions en faire de même.”

La littérature sur la liberté d’expression contient le concept maintenant désuet du “veto du siffleur.” Si des siffleurs ont le droit de huer trop fort et trop longtemps lors d’un meeting, ils enlèvent à l’orateur ou l’oratrice son droit de parole. De nos jours, nous voyons davantage de vétos meurtriers. Des individus ou des groupes envoient un message simple: “Si vous dites cela, nous vous tuerons.” Ils tiennent parfois leurs promesses. Des centaines d’hommes et de femmes dans le monde ont été assassinés pour ce qu’ils ont osédire – ceux qui ont écrit sur la mafia, les critiques ou satiristes des religions et/ou des régimes politiques; des dissidents, dessinateurs, éditeurs, romanciers ou encore journalistes d’investigation. De nombreux autres vivent dans la crainte d’une des nombreuses variantes du veto meurtrier.

Intimidation et Apaisement

Les deux tenants de ce principe ont la même importance. Nous avons autant le devoir de résister aux menaces de violence que de nous interdire de les commettre. A cet égard, de nombreux pays ‘libres’ n’ont pas été à la hauteur ces dernières années. De façon répétée, ils ont apaisé des menaces explicites ou implicites à la violence – parfois au nom du respect de la religion (voir P7), de la “cohésion communautaire”, de “l’ordre public” ou de la “multiculturalité” – plutôt que de les combattre avec l’autorité de la loi et la détermination d’une société unie.

Un exemple classique d’apaisement déplacé a été pourvu il n’y a pas si longtemps, par une maison d’édition américaine, ‘Yale University Press’. Yale était censée publier un livre académique par le Professeur Jytte Klausen à propos des illustrations danoises du Prophète Mahommet intitulé “Les Dessins qui ont secoué le Monde”. Une série de dessins fut préparée, reproduisant la page entière du journal danois ‘Jyllands-Posten’ dans lequel les dessins apparaissaient; vous pouviez donc les voir dans leur contexte original, ainsi que des représentations de Mahommet dans l’art occidental et islamique, qui donnent davantage de perspective historique. Peu avant leur publication, les éditions de l’Université de Yale décidèrent de retirerles représentations. Les seules images qui ne sont donc plus visible dans “Les Dessins qui ont secoué le Monde” sont… les dessins qui ont secoué le monde!

Dans une déclaration, l’éditeur cita “des experts en renseignement, sécurité nationale, maintien de l’ordre, et corps diplomatiques, ainsi que des professeurs renommés d’études islamiques et du Moyen-orient”, qui auraient apparemment estimé que la re-publication des dessins dans la presse “représentait un risque sérieux d’engendrer de la violence.” Le directeur des éditions de l’Université de Yale, John Donatich, déclara n’avoir jamais tronqué la controverse, mais que quand l’alternative était d’avoir du sang sur les mains, il n’était pas question d’en arriver là.”

Cet argument n’est pas seulement douteux, il est contradictoire. Ce ne sont pas les éditions de l’Université de Yale qui encourageraient la violence, mais ceux qui (auraient) menacé de conduire des violences en réponse à un acte parfaitement raisonnable. Ce ne serait pas Donatich qui, dans l’éventualité de violences, aurait “eu du sang sur les mains”, mais ceux qui auraient perpétré ces violences. La victime ne peut pas être celui qui perpétue la violence. Si une grande maison d’édition n’est pas prête à publier ce type de contenu (voir P5) dans une étude académique, alors l’intimidation par la violence a triomphé. Il existe malheureusement beaucoup d’autres exemples de la sorte dans les médias, l’art et les diverses communautés locales des pays les plus libres du monde – sans même parler des pays moins libre et pas libre.

Un cas de jurisprudence anglaise datant de 1882 met en lumière cette confusion. Un groupe de ‘l’Armée du Salut’ avait été arrêté par la police pour avoir mené une marche qui avait été violemment interrompue par un groupe rival à plusieurs reprises dans le passé – le groupe de ‘l’Armée des Squelettes.’ Le tribunal anglais déclara que la police aurait du contenir ‘l’Armée des Squelettes’, puisque c’était elle qui menaçait d’user de la violence, et non pas ‘l’Armée du Salut’ qui en était l’objet. De nos jours, ce jugement pourrait être généralisé à tout les continents: n’arrêtez pas ‘l’Armée du Salut’, mais plutôt ‘l’Armée des Squelettes’!

Courage et Solidarité

La résistance aux intimidations par la violence nécessite toute la force de l’application de la loi. Cela requiert que la police protège ceux qui sont menacés – au lieu de leur dire de se taire. Cela requiert aussi le courage d’individus exceptionnels qui ont risqué et parfois donné leur vie au nom de la liberté d’expression: des gens comme la journaliste russe Anna Politkovskaya; le gouverneur du Punjab, Salmaan Taseer; le journaliste arménien-turc Hrant Dink; ou encore l’environnementaliste et activiste brésilien, Chico Mendes.Nous ne pouvons pas tous les énumérer, mais vous pouvez ajouter leurs noms ci-après en justifiant la raison de leur appartenance à cette liste honorifique.

Néanmoins, ces braves individus ne peuvent pas tout faire indépendamment par eux-mêmes, et cela les états ne le peuvent pas non plus. Un troisième élément clef est la cohésion sociétale et communautaire. La difficulté de porter le poids de l’intimidation s’amenuise à mesure que le poids est partagé par un plus grand nombre de personnes. Quand un homme, Khaled al-Johani, se dressa seul pour exprimer son opinion en Arabie Saoudite, il fut jeté en prison. Quand un demi-milion de gens se dressèrent ensemble sur la place Tahrir du Caire, c’est Hosni Mubarak, l’instigateur de la violence, qui fut renversé.

La solidarité n’implique pas d’être d’accord avec les opinions de ceux qui prennent la parole. Puisque des gens qui s’érigent ont souvent des vues affirmées et mutuellement incompatibles, il est logique que toutes les voix ne s’accordent pas. On ne pourrait pas, par exemple, faire s’accorder toutes les opinions émis par deux grands dissidents russes que sont Alexander Solzhenitsyn et Andrei Skharov sur le futur de la Russie, puisqu’ils étaient fondamentalement en désaccord l’un avec l’autre. Mais vous pourriez néanmoins les soutenir tous les deux malgré cela. Un fameux dicton attribué à Voltaire disait: “Je désapprouve ce que vous dîtes, mais je donnerai ma vie pour défendre votre droit de le dire”. Voltaire n’a jamais littéralement dit cela – le proverbe fut articulé par un biographe du début du XXème siècle – mais l’esprit de cette citation est précisément juste. Nous avons besoin de ce genre de conception plus que jamais.

Même si une marge d’interprétation demeure au cas par cas, et d’un contexte à l’autre, ceci est un de nos principes les plus simples. C’est aussi l’un des plus difficiles à mettre en pratique. Vous pourriez être tué pour l’avoir suivi.


Commentaires (10)

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  1. Hello All,
    I don’t know a great deal about all this and I’m sort of rushing through with a speed read and a quick reply. I think there are different varieties of violence, and sometimes a mixture of those varieties. I am of the strong belief that some people are inherently more violent than others, for medical reasons. Their childhood can be a big part of things. What I would call social leisure violence, such as football hooliganism, is a particular type that has spread out with the advance of media technology. War is another type of violence which is state organised, which tends to be re labeled and glorified as much as possible. Where government are involved, there many fine speeches made and many new words for violence used. Guantánamo Bay for example was an act of pure highly organised violence and false information that inhibited free speech. This together with the tenure of President Trump has set new values; or the lack of them. The global population has always been about the have and have not. Technology has taken us a long way, but greed and violence will increase across the world. Drugs and alcohol are certainly a major factor in the Streets of the UK where I live and no doubt across much of the world.

  2. “Many states, mainly for political reasons, and companies, mainly for commercial ones, have already eroded the original dream.”
    When dreaming, we are prepared to accept the most preposterous and nonsensical of ‘experiences’ as reality. Possibly because, until we wake, there is nothing against which to compare the encounter occurring inside an hermetically sealed enclosure. Similarly the interweb has, at the very minimum, proffered an alternate. One that although not necessarily without error, might at least indicate when it is being interfered with. Since where contrast should be found, there will only be uniformity of opinion.

    “If you find a site is blocked”
    it is a sure and certain sign that an ‘understanding’ is being artificially protected and maintained. Because unlike self supporting truth, it cannot stand up to even elementary enquiry? Such as: Please share with the rest of us, that infallible procedure you utilised to confirm your elected ideology’s validity. That we might embrace that evaluation peacefully, without the need for duress.

    “they may imprison people for exchanging information or speaking their minds.”
    Given that their ‘comprehension’ constitutes a perfect representation of reality. Surely allowing others to test it, and thus affirm that actuality, would be the ideal means for disseminating it around the planet. Anything else would be an open admission of doubt, or downright certainty concerning its lack of legitimacy.

    “Western democratic governments denounce these practices.”
    Yet refuse to submit their own ideologies to intimate examination? Which may explain, why those they are in conflict with cannot see a reason they should offer their notions up for objective evaluation either.

    “Google itself has enormous potential power to limit or distort free speech.”
    But also an Achilles’ heel, in the form of a vulnerability to mass boycott?

    “we can lobby our governments to change their laws”
    Some say that if voting had any effect it would be prevented. Might they be drawing that conclusion from examples such as ‘EU referendums’?

    What we appear to be attempting, is analogous to collectively assembling a jigsaw puzzle. Which might prove easier, were we to first identify and agree on the scene we are jointly endeavouring to recreate.

  3. The internet is an amazing innovation with no precedent and any limitations upon it would be a shame. To limit it slightly would be to set in action a cascade of fetters that would shatter everything the Internet could have been.

  4. If we think of what the idea of the internet was in the beginning, the vastest storage of information shared among the whole world, of course it is normal to assume that it would become a vastest opportunity for innumerate crimes. But the basic idea, the true meaning of the whole invention is so valuable and must be absolutely preserved.
    Between the concept of abuse and freedom of speech there’s sometimes a very thin line, but it is always more important to say it all than to oppress ideas.
    Liberty that has been given to some of the big, like Google, and their « privacy respect » is always questionable, like it happened these days in GB, with admitting that Google car has been collecting (and selling) more info than actually needed for « filming the streets ».
    Any clerk with access to information, can always be willing to sell them for a good offer (remember the Swiss bank account holders’ information scandal…). It is just something that can not be stopped. But it must be fought and punished.
    We all deserve to see/read/hear everything that might (or even that might not) interest us, and judge ourselves upon it. Let’s try to keep it that way.

  5. I share the importance of preventing the abuse of the content , however like in the comment above the dilemma of what should be considered as an abuse and who should define it is a big deal. And I think there is division in term of the priorities around that world. In the developed countries where there is a reasonable freedom of speech the abuse from the private side is more of an issue than in those countries where there is a constant state repression of the freedom of expression online. Moreover, this type of control does not guarantee protection of the other forms of abuse like child pornography. Thus I believe we the netizens should aim for liberating the online space to allow as much freedom of opinion expression as possible, even if it is at the cost of the abuse.

    • I agree with you that we have to consider different countries and their cultures. It is very hard to generalise the principles, because it may be that some parts of the world have a completely different view than other parts. So it is quite a challenge to agree on ten principles globally and it is also interesting. I also agree that we have to try to have media which are as open as possible, but I disagree with you that it is even at the cost of the abuse. We have to differentiate between the freedom of speech and abuse. Therefore we have to define principles globally in order to be able decide globally whether this « speech » is accetable or an abuse.

      Ich stimme Dir zu, dass wir verschiedene Länder und deren Kulturen berücksichtigen müssen. Es ist sehr schwer, die Prinzipien zu verallgemeinern, weil es sein kann, dass einige Teile der Welt eine ganz andere Meinung als andere Teile haben. So ist es durchaus eine Herausforderung, auf zehn Prinzipien global zustimmen und es ist auch interessant. Ich stimme auch zu, dass wir versuchen, die Medien so offen wie möglich halten müssen, aber ich stimme Dir nicht zu, dass es auch um den Preis des Missbrauchs ist. Wir müssen zwischen der Freiheit der Rede und Missbrauch unterscheiden. Deshalb müssen wir Prinzipien global definieren, um in der Lage zu sein zu entscheiden, ob diese global « Rede » annehmbare oder ein Missbrauch ist.

  6. The question of legitimacy is indeed very tricky.
    Public powers should indeed have the power to ‘legitimately’ restrict certain information. Taking an extremely libertarian approach claiming that all information should be ‘free’ is far from the pragmatic reality.
    I would even argue that as the question of legitimacy is such a delicate question that it is virtually impossible to define it in a general principle. When using a phrase like ‘for the greater good of the public’ to define the legitimacy of restricted information, executive powers might however be prone to exploit this principle.

  7. In Italy, two days ago, a lawyer denounced the President of the Republic, the Head of Government, all Ministers and all the Members for:

    – Attack on the integrity, independence and unity of the State;
    – Subversive associations;
    – Attack on the Constitution of the State;
    – Usurpation of political power;
    – Attack on the constitutional bodies;
    – Attack on the political rights of citizens;
    – Political conspiracy by agreement;
    – Political conspiracy by association;

    but … only one independent newspaper broke the news!
    Must be spoken.

  8. I’m here to tell the denied freedom of the press in Italy. This is a real problem.
    The censorship has reached unbearable levels! After the Treaty of Lisbon and the approval of the ACTA treaty, by the European Union, the only resource we have left to procure a real informaizoni is the net…but it also wants to censor the web!
    The project began long ago and came to the public through the bills SOPA and PIPA at the U.S. Congress. In Italy two politicians have already tried to censor the web through the fight pro-copyright.
    It’s necessary that we speak.

    I await the debate, thank you

    Bobo

  9. A quick glance through raises a couple of issues for WJR …

    This explanation appears a particularly net-centric view for a principle that includes « all other forms of communication » ?

    And, why the overly complicated language regarding corruption – « illegitimate encroachments » – why not just corruption. In seeking to define, a principle should not be limited by complexity.

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Le Débat Sur La Liberté d'Expression est un projet de recherche du Programme Dahrendorf pour l'étude de la liberté au Collège St Anthony, Université d'Oxford.

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