Les Etats-Unis ont besoin d’un débat plus ouvert sur leur échec en politique d‘intégration raciale.

La célébration du 50ème anniversaire de la marche sur Washington doit constituer le début d’une discussion sur les questions raciales, et non leur fin. Bassam Gergi explique que la dépolitisation de ce sujet aux Etats-Unis est problématique car seul un débat ouvert peut induire le progrès.

Lorsque Barack Obama – le premier président afro-américain – a pris la parole lors du cinquantième anniversaire de la marche sur Washington en 2013, l’on a été frappé par l’ampleur de ce moment historique. Un demi-siècle plus tôt, Martin Luther King Jr., Bayard Rustin, Jim Lewis et des centaines de milliers d’autres manifestants pacifiques étaient descendus sur le National Mall pour exiger des concessions de ceux au pouvoir. Maintenant, ceux au pouvoir se sont rendus au National Mall pour rendre hommage à ces hommes, au sacrifice de ces pionniers des droits civiques. Sur un plan symbolique et intellectuel, la cérémonie a souligné les importants progrès qui ont été accomplis dans la lutte pour la justice raciale aux États-Unis.

Cette progression, qui a été durement gagnée par le mouvement des droits civiques et des efforts subséquents a entre autres rendu possible l’élection de Barack Obama. Nier le progrès serait donc un discrédit pour ceux qui se sont battus pour les gains qui ont été faits. Pourtant, la célébration des progrès accomplis dans la voie vers la justice raciale ne doit pas symboliser la fin de la discussion. De nouveaux efforts importants sont nécessaires sur ce plan. Comme la plupart des Américains le reconnaissent, il reste beaucoup de travail dans ce domaine.

Un sondage publié à la fin du mois d’août 2013 par le Pew Research Center a conclu que «si des progrès impressionnants ont été accomplis sur certains fronts, l’objectif de Martin Luther King reste évasif sur d’autres. » Ce sondage a révélé que, bien que les noirs et les blancs sont généralement d’accord, que les deux races s’entendent bien, moins d’un Américain noirs sur trois et même pas la moitié des blancs disent que les États-Unis ont fait «beaucoup» de progrès quant à la réalisation de l’égalité raciale.

Les limites du progrès racial identifiées dans cette enquête se reflètent dans le profil contemporain de l’Amérique. L’écart dans les résultats économiques entre les noirs et les blancs est resté pratiquement stable au cours des dernières cinquante années. Selon le Bureau du recensement, le taux de pauvreté noire en 1959 était de 55,1 pour cent, à peine plus de trois fois le taux blanc. Bien que le pourcentage de ménages noirs vivant dans la pauvreté a considérablement diminué depuis cette date, il reste encore près de trois fois plus élevé que le taux de pauvreté blanche. De même, en 2011, le revenu moyen des ménages noirs représentait environ cinquante-neuf pour cent du revenu médian des ménages blancs. Cela constitute une légère amélioration par rapport au taux de cinquante-cinq pour cent de 1967. L’une des études les plus surprenantes a été réalisée par un sociologue de l’Université de Princeton, Devah Pager, qui a constaté qu’un demandeur d’emploi noir avec aucun antécédent criminel obtenait un rappel ou une offre d’emploi à peu près aussi souvent qu’un candidat blanc avec un casier judiciaire non vierge.

Par conséquent, les États-Unis doivent faire beaucoup de progrès si elle cherche à réaliser le rêve de Martin Luther King d’une société égalitaire et juste.

Avant le procès de Zimmerman en été 2013, il y avait une terrible monotonie dans le dialogue sur les questions raciales. Alors que la majorité des citoyens des États-Unis sont prêts à reconnaître au moins quelques-unes des lacunes dans la marche vers l’atteinte de d’égalité raciale, il y a eu une discussion extrêmement limitée sur la manière dont la situation actuelle peut être redressée. Cela s’explique en partie par la structure du débat public sur les questions raciales qui est destiné à cacher plutôt qu’à adresser ces questions.

Quand des exemples de préjugés ou de hausse d’inégalité figurent dans le débat public, la première réaction est souvent d’en minimiser l’importance. Par conséquent, les citoyens des États-Unis sont inoculés contre ce sentiment d’injustice qu’ils pourraient avoir. Beaucoup ne parviennent pas à reconnaître le privilège et l’oppression qui existe dans leur vie ainsi que leurs interactions sociales. Ils omettent également de voir les grandes questions politiques de notre époque à travers un objectif racial. Les questions raciales sont devenues dépolitisées.

Cette dépolitisation est en partie un effet secondaire du progrès qui a déjà été accompli. Parce que les États-Unis ont fait des progrès, il y a une hypothèse que de nouveaux progrès vers l’égalité raciale sont inévitables. Il y a aussi ceux qui considèrent l’ascension d’une famille noire à la Maison Blanche comme le reflet d’une nouvelle illumination raciale; dans leur idéal imaginé, les noirs et les blancs sont désormais égaux. Or, dans sa forme la plus extrême, certains blancs croient maintenant – selon une étude menée par des chercheurs de l’Université Tufts lors du premier mandat d’Obama – que les progrès vers l’égalité raciale sont liées à une nouvelle inégalité à leurs dépens.

La minimisation de l’inégalité raciale qui persiste sert à inoculer ce groupe de citoyens contre le sentiment d’injustice qu’ils pourraient avoir. De leur point de vue, il n’est pas nécessaire de régler un problème dont ils pensent qu’il a déjà été résolu. Il y a donc des raisons de croire que même un débat national plus vigoureux sur l’impact durable de la race sur les résultats économiques et sociaux est peu probable de convaincre ces personnes.

L’accent devrait plutôt être mis sur ceux qui reconnaissent que les inégalités raciales persistent mais qui sont convaincus que le progrès futur est condamné à la fatalité. Si le débat public continue de minimiser ou de rejeter les inégalités persistantes, les Américains qui croient que le changement est inévitable sont peu susceptibles de réaliser que les cinquante ans de progrès peuvent être annulées si on ne fait pas attention.

Au cours de l’année précédente il y a eu des moments symbolisant le progrès pour l’égalité raciale, tels que la réélection de Barack Obama et le cinquantième anniversaire de la marche sur Washington. Cependant, il y a également eu une série de revers importants, comme la décision de la Cour suprême d’annuler une partie de la Loi sur les droits de vote et ensuite par une série d’incidents qui ont fait exposer des préjugés raciaux, comme l’assassiner de Trayvon Martin et la sélection d’une miss USA d’origine indo-américaine.

Par ailleurs, l’absence d’études sur les revenus, des taux de propriétaires de maison, de santé et d’emploi ainsi que les taux d’incarcération n’est pas inévitable. Le préjudice est un produit durable et pourri qui s’est infiltré dans le noyau des institutions américaines. Afin de progresser vers l’égalité raciale, plus de sacrifices sont nécessaires ainsi qu’une coalition moderne de militants et réformateurs aussi fermes que leurs prédécesseurs.

Ainsi, alors que les célébrations à l’occasion du cinquantième anniversaire de la marche sur Washington étaient raisonnables, cela ne doit être que le début d’un débat sur les questions raciales et non leur fin. Les Etats-Unis sont une nation qui est encore en voie de guérison et beaucoup de travail est nécessaire. Les murs de l’inégalité institutionnalisée doivent être affaiblis avant qu’on puisse les renverser. Pour cela, il faut un public éveillé qui soit pleinement conscient de l’ampleur du travail qui doit être accompli.

Bassam Gergi poursuit une maîtrise en gouvernement comparé au St. Anthony’s College. Il est boursier Dahrendorf et s’intéresse à la baisse d’intérêt pour la politique noire ainsi qu’aux défis persistants dans la marche vers l’égalité raciale aux Etats-Unis.

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Le Débat Sur La Liberté d'Expression est un projet de recherche du Programme Dahrendorf pour l'étude de la liberté au Collège St Anthony, Université d'Oxford.

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